Daniel Balavoine

Naissance

15 Février 1952, France

Biographie

Chanteur à la fois populaire et engagé, Daniel Balavoine a montré que la chanson française pouvait évoluer avec son époque. Après un parcours underground dans les années 1970 du groupe Présence aux premiers albums ambitieux (Les Aventures de Simon et Gunther, 1977), il fait une entrée fracassante dans les hit-parades avec le tube « Le Chanteur » (1978) et son rôle dans la comédie musicale Starmania. La décennie 1980 voit l'ascension irrésistible de cet enfant terrible de la chanson, faiseur de succès comme « Je ne suis pas un héros » ou « L'Aziza » et de polémiques en direct. Le 14 janvier 1986, l'auteur de « Sauver l'amour » trouve la mort dans un accident d'hélicoptère à l'âge de 33 ans. En 2010, pour le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition, l'Intégrale des Albums Studios permet aux fans de retrouver intact l'univers de Daniel Balavoine.

Qu'est-ce que la vie avait appris à Daniel Balavoine le 14 janvier 1986 ? Peut-être qu'« aimer est plus fort que d'être aimé ». Le public rendcette ferveur à un chanteur populaire qui fait toujours « danser dansles soirées de Monsieur Durand ».

Daniel Balavoine naît le 5 février 1952 à Alençon dans l'Orne. « A quinze ans, j'ai quitté l'école et j'ai pris le dernier métro » chante-t-il dans « Banlieue Nord ». A l'époque, l'adolescent vit à Pau et participe aux mouvements protestataires de Mai 68. Il croit en la politique. Il veut devenir député. Rapide désillusion. Balavoine n'est pas de ceux qui acceptent la compromission pour obtenir un poste.

Passionné Balavoine ? La musique l'habite déjà lorsqu'il se produit dans les bals du samedi soir du Sud-Ouest. En 1970, Balavoine, fraîchement débarqué à Paris, fait la connaissance de Présence, un groupe de musiciens en pleine séparation. Il s'associe à ceux encore en lice, Daniel Darros (claviers, chant), Daniel Baudon (batterie) et Alain Crépin (guitare). La nouvelle formation enregistre un 45 tours « Le jour s'est levé » et tourne dans les clubs (Golf Drouot et Gibus). Y'a-t-il déjà un Daniel de trop ? Balavoine a un indéniable charisme de leader. Exit le groupe. Il sort un premier disque solo : « Viens vite ». Le public ne s'empresse pas... Mais Balavoine a un atout majeur, sa voix exceptionnelle, qui couvre presque trois octaves. Ce qui n'échappe pas à la productrice de Patrick Juvet, alors grande vedette qui l'engage comme choriste dans l'album Chrysalide. Il interprète même une chanson seul « Couleurs d'automne».

Combien de murs ?

Mars 1975 : Léo Missir, directeur artistique de Barclay, à l'affut de talents neufs, sort le premier album de Daniel Balavoine De vous à elle en passant par moi. Une drôle de pochette avec une petite fille dans une carriole tirée par des agneaux...Deux titres sont extraits : « Evelyne et moi », « Vienne la pluie ». Daniel Balavoine n'était plus de ce monde pour assister à la chute du mur de Berlin. Ce pan de l'histoire l'intéresse déjà en avril 1977 dans l'album Simon et Gunther. Il imagine la correspondance entre deux frères habitant chacun d'un côté du mur. Ce deuxième album fait-il de Daniel Balavoine un rocker à la française ? Difficile de catégoriser cet artiste hybride dans un univers musical. Il reprend avec une voix cristalline la tradition du texte engagé tout en créant des sonorités anglo-saxonnes. Il a également une manière particulière de concevoir ses arrangements avec les musiciens. Il permet à chacun de s'impliquer dans un travail d'équipe. Balavoine, le perfectionniste des studios est né. Pourtant ce disque n'est pas un succès, mis à part le 45 tours remarqué « Lady Marlène ».

J'veux écrire une chanson dans le vent

« J'ai pas tiré l'bon numéro » chante Balavoine dans « SOS d'un terrien en détresse ». Pourtant, la rencontre avec Michel Berger bouleverse le cours de sa carrière. Il offre à Balavoine le rôle de Johnny Rockfort, le héros dynamité de Starmania. L'album paraît en 1978 avant d'être monté sur scène l'année suivante au Palais des Sports. Il en reste des chansons cultes dans tous les karaokés de France dont un petit chef-d'oeuvre, « SOS d'un terrien en détresse ». Il rend grâce à l'organe de Balavoine qui n'a pas encore connu de succès personnel.

Quoi de mieux qu'un titre dénommé «Le Chanteur » pour séduire un public ? Daniel Balavoine y décrit avec cynisme les affres d'un artiste en pleine gloire. Ce qu'il est en train de devenir. Il en vend un million d'exemplaires. « Lucie », titre plus grave confirme son envol. Octobre 1979 : Il publie un quatrième album Face amour, face amère. On découvre lors de son premier Olympia en janvier 1981 toute l'énergie vocale et scénique de Balavoine. Celui-ci n'a pas eu le temps de faire une longue carrière mais que d'albums ! Il sort à la fin de l'année 1980 Un Autre Monde. Ce monde dont il parle n'est autre que la Chine.On entend même dans un instrumental un discours de Mao Tsé Toung. L'album possède surtout trois chansons inoxydables, « Mon fils, ma bataille », « Je ne suis pas un héros », à l'origine écrite pour Johnny Hallyday et « La vie ne m'apprend rien », reprise plus tard par Liane Foly. Mais Balavoine n'évoque pas la Chine qu'en musique. Il se mobilise pour Amnesty International dans le cadre des « 100 artistes pour les Prisonniers d'opinion ».

Revolucion, crache la douleur des mots

Daniel Balavoine, chanteur à minettes au mouchoir tremblotant ? Il sort un de ses meilleurs albums, enregistré à Ibiza, une pointe d'ironie dans la voix Vendeur de larmes. Il fait salle comble pour la première fois au Palais des Sports en 1982. Il propose à son public un véritable show avec 800 projecteurs et projection de films. «Le désert avance et l'eau n'arrive pas » dit France Gall dans « La chanson d'Azima ». Daniel Balavoine, l'artiste tourné vers le monde en a déjà conscience en 1983 lorsqu'il participe pour la première fois en tant que coureur automobile au Paris-Dakar. Il enrage devant la misère d'un continent oublié de tous. Ce voyage inspire à Balavoine un septième album Loin des yeux de l'Occident. Il chante « Pour la femme veuve qui s'éveille », « Frappe avec ta tête »« Revolucion ». Des titres forts et engagés. Il monte à nouveau sur la scène du Palais des Sports en septembre 1984.

1985 : Un an avant sa mort, Daniel Balavoine est de tous les combats. Il assiste au concert Band Aid à Wembley. Il fonde l'association Action-Ecole avec Michel Berger et France Gall qui récolte auprès d'écoliers des denrées pour l'Afrique. Balavoine chante aussi au concert pour l'Ethiopie de la Courneuve et reçoit le prix de SOS Racisme à la fête des Potes. Enfin, il sort Sauver L'Amour, son dernier album où il expérimente plus que jamais les nouvelles technologies grâce au sampleur Fairlight.

Pourquoi je vis, pourquoi je meurs

« Et j'ai souvent souhaité partir avant les miens... ». Ce curieux souhait extrait de Loin des Yeux de l'Occident s'est exaucé le 14 janvier 1986. Daniel Balavoine meurt dans un accident d'hélicoptère entre le Mali et le Burkina-Faso. Il n'a pas trente cinq ans. Il était venu dans le cadre du Paris-Dakar accomplir une mission humanitaire avec Thierry Sabine. Il aura eu le temps d'acheminer 100 pompes à eau pour les enfants d'Afrique.

Qui est l'héritier de Daniel Balavoine ? Qu'est-ce que le chanteur de « l'Aziza » penserait de la société actuelle ? Probablement qu'il aurait interpellé les hommes politiques de tous bords comme il l'avait fait avec François Mitterrand sur le plateau d'Antenne 2 en 1980. Il pourrait invariablement leur répéter : « Les lois ne font plus les hommes mais quelques hommes font la loi ».

L'année 2010 voit l'apparition d'une intégrale des albums en 8 CD plus 1 CD de titres extraits de Starmania et d'inédits. Vingt-cinq ans après sa disparition, Daniel Balavoine n'a pas trouvé son successeur et son engagement manque grandement à la chanson française.