P Pete Dennis Townshend naît à Chiswick (Londres), le 19 mai 1945. Fils de la chanteuse Betty Dennis et du saxophoniste Cliff Townshend, le musicien fait ses classes en jouant du banjo dans une formation de jazz dixieland avant de rejoindre The Detours comme guitariste rythmique. Déjà formé de Roger Daltrey et John Entwistle, ce groupe formera l'ossature de The Who, dont Townshend deviendra rapidement le leader grâce à ses talents de compositeur.

Ses premières chansons décrivent les affres de l'adolescence, notamment « I Can't Explain », « Substitute » et ce qui deviendra l'hymne d'une classe d'âge, « My Generation », extrait du premier album homonyme de 1965,  avant d'en venir à des études de caractères avec les titres suivants « Happy Jack » et « Dogs ». À travers son style de guitare aux accords fracassants, qu'il joue en effectuant avec son bras droit d'inimitables moulinets, il exprime avec une rage peu commune ses colères et ses frustrations.

Ce musicien et auteur de grande influence, responsable des opéras rock Tommy (1969) et Quadrophenia (1974, adapté au cinéma en 1979), ne parviendra pourtant jamais à égaler en solo sa production avec The Who.

Sans cette incroyable machine à faire du rock, Townshend ne parvient pas à transmettre la même énergie créatrice. Il connaît néanmoins le succès en tant que producteur quand « Something In The Air », par Thunderclap Newman, atteint le million d'exemplaires. Il commence sa carrière solo en 1970 par des contributions à Happy Birthday, une compilation dédiée à son gourou spirituel, Meher Baba. Son premier album solo officiel, puisant largement dans les tiroirs de The Who (Who Came First, 1972) permet au public de découvrir une facette douce et pastorale de son travail, qui donnera le ton à beaucoup de ses enregistrements ultérieurs, dont Rough Mix (1977).

Jusqu'à la sortie d'Empty Glass en 1980, la carrière solo de Pete Townshend n'est pas florissante. Mais, galvanisé par la vague punk, il émerge avec cet album à la fois personnel et commercial, dont le morceau « Let My Love Open The Door » entre dans le Top 10 américain. L'abstrait et assez décevant All The Best Cowboys Have Chinese Eyes (1982), et Scoop (1983), une compilation de démos « faites à la maison », font passer le temps jusqu'à la sortie de l'ambitieux White City (1985). Mais l'âme rock n'y est plus.

Connaissant de graves problèmes auditifs consécutifs à son passé sur scène (The Who était réputé pour y être le groupe le plus bruyant avant Led Zeppelin), Townshend s'éloigne progressivement du public. Il devient éditeur conseil chez Faber & Faber à Londres et écrit de nombreux papiers dans la presse rock (New Musical Express, Rolling Stone), après avoir créé un label et une maison d'édition. Il conclut les années 1980 avec Iron Man, une adaptation musicale du conte pour enfants de Ted Hughes, à laquelle ont contribué plusieurs musiciens dont John Lee Hooker.

En 1993, il supervise l'adaptation théâtrale de Tommy, qui fait un triomphe à Broadway. La même année, son nouvel album conceptuel Psychoderelict reçoit un accueil mitigé. Au cours de la décennie, l'ancien héros mod se penche sur ses archives dont il extrait les bandes inédites du projet avorté Lifehouse, avant de reprendre la route avec The Who pour des tournées et l'album du retour, Endless Wire (2006). La fresque Quadrophenia, jouée intégralement sur scène, est ensuite rééditée puis adaptée dans une version symphonique comme le fut Tommy : Classic Quadrophenia (2015), l'album auquel participent Billy Idol, Alfie Boe et Phil Daniels sous la baguette de Robert Ziegler, coïncide avec la tournée du cinquantième anniversaire de The Who.

Un vrai rocker doublé d'un théoricien du rock, capable d'expliquer la fonction du tube : « C'est l'enfant en moi qui s'adresse à l'enfant en vous. L'erreur que commettent tous ceux qui sont obsédés par l'idée que le rock ne peut être autre chose qu'adolescent, c'est qu'ils confondent l'adolescence et l'enfance. L'adolescence est cruciale, mais parce que c'est le moment où l'on décide quelle proportion d'enfance on gardera avec soi pour le reste de l'existence » (dans Au nom du rock
, d'Yves Bigot, Stock, 1995). L'autobiographie de Pete Townshend, Who I Am, a paru en 2012.
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