A Au début des années 1980, le rap venu de New York se développe sur la Côte Ouest et arrose le quartier de South Central, à Los Angeles. Un adolescent, Andre Young, né le 18 février 1965, s'illustre dans le hip-hop bourgeonnant avec un camarade nommé DJ Yella. Membres du World Class Wreckin' Cru, les deux DJ officient pour la radio nationale KDAY et produisent quelques mixtapes à l'occasion de fêtes.

En 1986, Andre Young, qui se fait appeler Dr. Dre, se rapproche du groupe C.I.A. qui compte dans ses rangs un certain Ice Cube. Il leur donne quelques conseils, arrange un contrat dans un label et joue de la basse sur leurs premiers enregistrements. L'année suivante, Dr. Dre et Ice Cube s'allient à Eazy-E pour former N.W.A. (Niggers With Attitude), supergroupe réunissant les meilleurs talents locaux.

Ils sortent rapidement un premier album homonyme avec MC Ren puis, en 1988, le grand classique Straight Outta Compton, avec son morceau-coup de poing « Fuck Tha Police ». Avec deux millions de copies écoulées malgré une faible diffusion à la radio, N.W.A. impose son style cru et ses textes ultraviolents. Le « gangsta rap » est né, en contrepied parfait des partisans du Black Power issu du mouvement pour les droits civiques. Dr. Dre pose quelques couplets mais s'affaire surtout à la production avec DJ Yella en piochant dans la crème du funk : James Brown, Curtis Mayfield, Kool & The Gang, etc.

Ils ajoutent à ces samples de la guitare, des scratches et des lignes de basse programmées sur le fameux synthétiseur Roland 808 « Bassline ». Au début des années 1990, Ice Cube, le MC le plus talentueux du groupe, prend ses distances pour des raisons financières. Dr. Dre rappe de plus en plus sur les deux derniers albums de N.W.A., 100 Miles and Runnin' et Efil4zaggin' (Niggaz4life à l'envers), avant de prendre lui aussi le large en 1991, les relations avec Eazy-E s'étant nettement dégradées. Il produit déjà à l'époque d'autres artistes dont Above The Law.

Dr. Dre fonde alors avec Suge Knight le label Death Row Records en 1992 et sort un premier album solo pour lequel il reçoit l'aide de Snoop « Doggy » Dogg sur de nombreux titres. Une association qui se révélera très fructueuse par la suite. The Chronic, avec des morceaux comme « Let Me Ride » et « Nothing But A 'G' Thang », fait figure de virage musical. Les rythmiques se sont ralenties, les mélodies se sont adoucies et les textes sont moins violents. Les instrumentaux puisent largement dans la galaxie George Clinton/Parliament/Funkadelic pour créer ce nouveau son qui deviendra le G-Funk. Dr. Dre et son comparse à la voix nonchalante se font les apôtres de la fête, de la boisson et du sexe invitant d'autres rappeurs qui deviendront des incontournables de la côte Ouest comme Nate Dogg ou son demi-frère Warren G.

Les années suivantes, ce nouveau style « West Coast » se révèle inévitable pour tout amateur de rap. Andre Young prolonge son influence en produisant le premier album de Snoop Dogg, Doggystyle (1993), qui reçoit lui aussi un énorme plébiscite. Il façonne ensuite les tubes de Warren G (« Regulate ») et de Blackstreet (« No Digity ») avant de signer ses retrouvailles avec Ice Cube sur « Natural Born Killaz ». En 1996, après avoir participé au hit « California Love » de 2Pac, Dr. Dre quitte le label Death Row - impliqué dans des affaires louches, il coulera l'année suivante -, pour fonder Aftermath. Il sort une compilation du nom de ce nouveau label sur laquelle il invite de nombreux artistes comme B-Real de Cypress Hill, KRS One ou Nas à rapper sur ses productions. Le docteur qui clame la mort du gangsta rap s'oriente presque uniquement vers la production lorsqu'il déniche en 1998 un rappeur blanc venu de Detroit, Eminem. Il pousse ce dernier à un succès vertigineux en produisant un premier album controversé et en participant à plusieurs titres de ce disque dont « Guilty Conscience ».

En 1999, Dr. Dre rappelle à ses détracteurs qu'il n'est pas fini avec un micro à la main en sortant l'ambitieux 2001. Entouré de sa garde rapprochée, Eminem, X-Zibit et Nate Dogg, les titres imparables se succèdent avec en tête le single « Still Dre » qui signe le retour à ses côtés de Snoop Dogg. Au début des années 2000, il devient toujours plus incontournable en produisant le second album d'Eminem, The Firm, avec notamment Nas et des morceaux pour Gwen Stefani, Busta Rhymes, Eve ou Mary J. Blige. Mais c'est en 2003, dans un sorte de retour aux sources, qu'il retouche le jackpot en misant sur le rappeur 50 Cent et son album Get Rich Or Die Tryin'. Le style gangster est revenu à la mode et Dr. Dre est encore derrière les consoles, pour longtemps.

Dr. Dre a produit plusieurs classiques du rap américain et permis à de nombreux artistes d'émerger. Il fait aujourd'hui toujours partie des producteurs les plus grassement payés outre-Atlantique pour ses instrumentaux. Il a également été à la tête de la tournée-évenement Up In Smoke Tour en 2000, une impressionnante caravane - immortalisée en vidéo - réunissant Eminem, Snoop Dogg, Ice Cube, Xzibit et d'autres proches. Il est aussi apparu dans les films Car Wash et Training Day.

Le retour sous son nom, longtemps attendu, devient alors un serpent de mer ayant pour titre Detox (ou Detox Nation). La rumeur de plus en plus insistante d'un nouvel album prévu pour 2008 circule pendant plusieurs années, jusqu'en 2013. Cependant, c'est à la surprise générale que sort le 7 août 2015, sur les plateformes iTunes et Apple Music, un opus intitulé Compton: A Soundtrack by Dr. Dre. Publié en version physique le 21 août, il comprend une distribution généreuse avec les présences de ses complices Ice Cube, Snoop Dogg, Eminem et Xzibit, aux côtés de Kendrick Lamar, Jill Scott et de nouveaux protégés nommés Marsha Ambrosius, Candice Pillay, Justus, King Mez et Anderson .Paak.
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