S Si le style de la nouvelle scène française est incontestablement lié à la capitale, c'est en Bretagne qu'Orly Chap voit le jour, dans un milieu agricole. Enfant plutôt réservée au milieu d'une famille peu bavarde, c'est son imagination qui lui permet de s'extirper du quotidien et lui donne très rapidement une image d'excentrique auprès de son entourage. Déjà un peu artiste et furieusement bohême dans sa tête, la jeune fille traine quelques temps dans le milieu du théâtre de rue et développe une certaine culture mêlant performances vocales et acoustiques, happenings plus ou moins improvisés, arts du cirque et costumes de scène chamarrés, censés attirer l'attention du public urbain. Une certaine forme de sous-culture « urban roots » qui marque positivement Orly Chap et dont elle saura se souvenir pour sa carrière future.

Chez Ramona

Laissant sa Bretagne natale derrière elle, Orly débarque à Paris, non pas en passant par l'aéroport éponyme, mais plus simplement par la Gare Montparnasse. La capitale ne manque pas de troupes de théâtre de rue semi-professionnelles ou d'ateliers d'artistes plus ou moins maudits, et, très vite, la jeune femme intègre ce milieu dans lequel elle se sent comme un poisson dans l'eau. Devenue membre de Ramona Lulu, un collectif d'acteurs et d'artistes, créateurs, notamment, de la pièce La Marée d'inox, jouée à l'Olympia en 1999 sous la direction d'Alain Sachs. C'est au sein de cette troupe que la petite Orly fait la connaissance de La Grande Sophie, qui commence elle aussi à évoluer dans le milieu de la chanson française néo-réaliste, inspirée tant par « la reine des kékés » Brigitte Fontaine que par Les Rita Mitsouko.

Bouille de lune

Si, à l'image de Sophie, les débuts d'Orly Chap en solo s'inscrivent dans la mouvance rock, sa rencontre avec les guitaristes Nicolas Mazzola (spécialiste du jazz manouche) et Jean-Christophe Hoareau (inspiré, lui, par les musiques sud-américaines) lui permettent d'étendre ses influences pour adjoindre à ses compositions le flamenco, le jazz manouche, le folk, le tout saupoudré d'une petite dose de reggae. Dotée d'une voix puissante et rauque (d'aucuns la qualifient même de masculine), Orly Chap entame alors la tournée des festivals et des petites salles de concerts, faisant connaître ses titres, « Bouille de Lune », « Comme rien », « Désert, acte II », « Granola Poupou » ou « Eclopé ». Développant son univers musical de petite fille torturée (que l'on pourrait visuellement comparer à une version bobo parisienne du Labyrinthe de Pan, dans laquelle Guillermo Del Toro aurait laissé sa place de réalisateur à Jean-Pierre Jeunet), Orly mêle enfance, romance et souffrance dans son oeuvre assez proche de celle des Têtes Raides ou des Ogres de Barback dans l'esprit. Amélie Poulain sous Prozac. En 2000, un premier album autoproduit, Bouille de Lune, voit le jour, mais ne rencontre qu'un succès très restreint.

Renouveau clownesque

Une sélection à l'édition 2001 du Printemps de Bourges permet à Orly Chap de toucher un public plus vaste et de véritablement lancer la carrière de la chanteuse et de ses musiciens. Première partie de Dionysos ou de Maïdi Roth (avec laquelle elle entretient une amitié sincère), Orly peut désormais partager son pays des merveilles personnel (assorti cependant d'une bonne dose de Petite boutique des horreurs) avec une audience de plus en plus importante. D'autant qu'avec le passage des années, un sévère écrémage se fait dans la nouvelle chanson française.

Car, à force de copier, d'imiter, d'évoquer invariablement la mort d'un clown ou la détresse d'une petite vieille dans un bistrot imaginaire, beaucoup d'artistes ont lassé le public, en premier lieu desquels les Têtes Raides elles-mêmes, accusées (pas forcément à tort, d'ailleurs) de s'auto-caricaturer d'albums en albums, au point de rendre hilarante leur parodie par les Fatals Picards dans le morceau « Les Bourgeois ». Orly, comme ses congénères féminines, elle, garde la pêche, et surtout une distance humoristique (parfois très noire) avec ses textes, et le public lui en est reconnaissant. 2005 voit ainsi la réédition, chez Polydor, cette fois, de Bouille de Lune qui, sans forcément obtenir le triomphe, fait de la chanteuse une valeur montante de la nouvelle scène française, d'ailleurs de plus en plus trustée par des filles.

En 2008, Ma Lueur Clown, le deuxième album d'Orly Chap est annoncé par le révélation de quelques morceaux via le site Internet de l'artiste et notamment celui qui s'annonce comme le titre-phare de l'opus : « L'Amour avec un gros tas ». Ayant fait appel, pour cet album, à Arno ou Yann Tiersen, la chanteuse s'offre même le luxe d'une reprise de Prince, « Contreversy ». Plus rock que Bouille de Lune, Ma Lueur Clown préfigure peut-être l'émergence d'une nouvelle scène rock, au coeur de laquelle les filles auraient enfin leur mot à dire. Girl Power ?

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