Le “Verdi” de Joseph Calleja Tout sur Joseph Calleja

Le “Verdi” de Joseph Calleja

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Publié le 02 février 2018

Verdi accompagne Joseph Calleja depuis le tout début de sa carrière ; en effet, il a effectué ses débuts dans le rôle de Macduff sur sa chère île de Malte. À cette époque, il avait 19 ans et tout était nouveau pour lui ; aujourd’hui, il a deux décennies d’expérience de la scène et pourtant il n’a encore que 40 ans, âge convaincant lorsqu’il s’agit d’incarner les héros tourmentés pour lesquels Verdi a écrit certains des plus grands airs du répertoire de ténor. 

Les rôles que Calleja a choisi de chanter dans son album “Verdi” ne font pas partie de ceux qu’il a déjà chantés au théâtre, mais nous pouvons nous attendre à le voir les aborder tous les quatre au fil des dix années à venir. Amateur de bons vins, Calleja compare cette expérience au fait de goûter un cru en primeur, avant sa mise en bouteille : un avant-goût de ce qu’il nous réserve dans un avenir proche. 

Verdi était conscient du potentiel théâtral à tirer du conflit qui oppose les ténèbres à la lumière, tout comme l’étaient les grands dramaturges dont il mit les œuvres en musique – y compris, dans la présente sélection, Shakespeare et Schiller –, et c’est lui qui, plus qu’aucun autre compositeur, fit du tenore robusto le type vocal du héros d’opéra, voix lyrique mais robuste, à la fois sombre et éclatante, avec des graves consistants et des aigus étincelants. 

C’est cette étincelle que “Celeste Aida” met en valeur. Cet air, qui intervient dans la scène d’ouverture de l’opéra égyptien de Verdi, nous montre à la fois la stature héroïque du guerrier Radamès et la profondeur et la tendresse de ses sentiments pour Aida. Son thème mélodique ascendant illustre le contenu du texte, tourné vers le ciel ; le protagoniste voit celle qu’il aime comme un être divin, une guirlande de lumière et de fleurs, et se l’imagine trônant aux côtés du soleil – sans se douter qu’en réalité, Aida n’est pas une esclave mais une princesse éthiopienne, ce qui fait d’elle son ennemie. 


Joseph Calleja - Verdi “Se quel guerrier io fossi!… Celeste Aida”





Il trovatore, avec son intrigue sinistre où, pour faire frissonner les spectateurs, se mêlent malédictions gitanes, exécutions sur le bûcher et infanticide, a lui aussi ses facettes sombres ou lumineuses, mais c’est la noirceur qui domine, et la lumière qu’on voit briller dans cet ouvrage est toujours celle des flammes. Le trouvère et rebelle Manrico chante “Ah sì, ben mio” pour affirmer l’amour qu’il porte à Leonora ; ils doivent se marier le soir-même, mais le lendemain, leur citadelle va sûrement être attaquée par le comte di Luna, rival de Manrico. D’ailleurs, les projets de noces tournent court quand on apprend qu’Azucena, la bohémienne dont le trouvère a toujours cru qu’elle était sa mère, a été capturée. “Di quella pira” est un appel aux armes dans lequel Verdi fait resplendir tout le métal de la voix de tenore robusto.


Joseph Calleja - Verdi “Di quella pira”





Dans les opéras du XIXe siècle, les sombres sonorités du trombone indiquaient sans ambiguïté l’approche du malheur et ainsi, dans “La vita è inferno all’infelice” que chante Alvaro, exilé et persécuté par la malchance au début du troisième acte de Il forza del destino, on entend les trombones interrompre l’éloquent soliloque de clarinette qui constitue l’introduction, mettant en relief le timbre éclatant de cet instrument. Le duo qui débute par “Invano, Alvaro” est extrait de l’acte suivant, qui se déroule cinq ans plus tard ; Carlo, dont Alvaro a accidentellement tué le père dans la scène d’ouverture en voulant enlever sa sœur, a fini par retrouver son ennemi dans l’ermitage où il s’est retiré. Refusant d’écouter ses exhortations à la clémence, il finit par réussir à le provoquer en duel.

C’est encore un monastère qui sert de décor à “Dio che nell’alma infondere”, le grand hymne à l’amitié que chantent Don Carlo et Rodrigo ; leurs voix tracent des spirales parallèles au-dessus des rythmes martiaux de l’orchestre, faisant de cette page l’un des moments les plus exaltants de l’opéra et jetant un rai de lumière sur une scène par ailleurs particulièrement sombre. 

Otello est l’opéra de Verdi dont le langage musical incorpore le plus organiquement le conflit entre ténèbres et lumière, dépassant largement la question de la couleur de la peau du général mystifié. Selon Verdi, le livret d’Arrigo Boito fait de la Desdémone de Shakespeare un archétype « de bonté, de résignation et de don de soi » ; son orchestration semble souvent créer une espèce de halo autour d’elle, comme dans “Già nella notte densa” le duo d’amour qui nous présente le personnage. Ici, ses interjections adoucissent l’aspect héroïque et instable des lignes d’Otello alors que tous deux décrivent leur rencontre et leur attirance mutuelle. “Oh, mostruosa colpa” est un autre de ces duos où en les alliant si habilement, Verdi parvenait à faire faire des étincelles aux voix de ténor et de baryton ; Iago y cultive la graine de la jalousie qu’il a plantée dans l’imagination d’Otello.

Dans “Dio, mi potevi scagliar”, Verdi nous livre un chef-d’œuvre d’émotions changeantes ; Otello y répand de manière déchirante ses sentiments pour Desdemona, comparant ce qu’il croit être la perte de sa fidélité à l’extinction du soleil. Il finit par être tiré de sa souffrance jalouse par l’arrivée de Iago, qui lui promet de lui apporter la preuve que ses soupçons sont fondés. Pour finir, il chante “Niun mi tema” juste après avoir assassiné Desdemona et s’être rendu compte avec horreur qu’elle était innocente. Il tire sa dague et se poignarde, puis on retrouve la musique du duo d’amour tandis qu’Otello expire sur un dernier baiser. 

Erica Jeal
Traduction David Ylla-Somers


> Joseph Calleja, nouvel album “Verdi”, maintenant disponible



- TRACKLISTING -

01.    Se quel guerrier io fossi!… Celeste Aida
02.    Ah sì ben mio
03.    Di quella pira
04.    La vita è inferno… Oh, tu che in seno agl'angeli
05.    Invano Alvaro
06.    È lui! desso! L'infante!… Dio, che nell'alma infondere
07.    Già nella notte densa
08.    “Oh! Mostruosa colpa!… Sì, per ciel marmoreo, giuro!”
09.    Dio! mi potevi scagliar tutti i mali
10.    Niun mi tema

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