Souad Massi Souad Massi

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Dernier single

Une folkeuse en langue arabe ? Elle n’oublie pourtant pas qu’elle a été la voix du premier disque de rock enregistré en Algérie. Une chanteuse algérienne ? On a parfois entendu sur ses disques des échos du Cap Vert ou du Brésil. Une artiste world ? La voici qui confie les rênes de son nouvel album, Ô Houria, à Francis Cabrel et à son compagnon de route, le guitariste et producteur Michel Françoise.
Dans cet album tout en guitares acoustiques et en voix enregistrées de très près, Souad Massi chante en français, en arabe et en anglais. De l’hymne à la liberté Ô Houria à sa grosse colère de Stop Pissing Me Off, du drame d’une femme battue dans Nacera à la tendresse humaniste d’Un sourire, elle étale une palette de sentiments traités à nu par la réalisation de Cabrel et Françoise.
Au commencement, Souad avait un désir de rock, une envie d’aller en Angleterre chercher le son roots des studios où l’on ne met pas de filtre devant le micro. Mais, des années après son troisième album studio, Mesk Elil, paru en 2005, elle rêve aussi d’enregistrer un album tout en français pour remercier tous ses fans qui ne parlent pas arabe et qui, depuis bientôt dix ans, ont fait d’elle une des chanteuses les plus en vue de sa génération. Sa maison de disque lui propose de rencontrer Michel Françoise pour son travail d’auteur et de compositeur. Bonne pioche : il n’a pas fini de faire écouter ses maquettes qu’elle sait déjà que deux de ses compositions seront sur son prochain album. Surprise suivante : Francis Cabrel, à peine après avoir écouté les maquettes en arabe qu’elle a laissées à Michel Françoise, propose de coréaliser l’album.
Cabrel et elle s’étaient rencontrés quelques années plus tôt lorsqu’elle était venue comme jurée aux Rencontres d’Astaffort. Avec lui, comme avec Michel Françoise, elle a un territoire commun : ce folk aux couleurs si simples qui, des classiques de Neil Young et Leonard Cohen à l’album Nebraska de Bruce Springsteen, parvient à restituer toute la profondeur dramatique de la condition humaine avec quelques accords de guitare et des mots de tous les jours.
C’est dans cette direction qu’ils travaillent, pendant une quinzaine de jours d’enregistrement dans le studio d’Astaffort : des prises immédiates, des chansons jouées live, des impulsions conservées dans leur première fraîcheur… « Ils m’ont redonné confiance. Francis et Michel peuvent me faire rechanter vingt fois un mot pour arriver à la bonne prononciation et à la parfaite justesse, mais ils m’ont aussi fait garder des voix enregistrées sur les démos des chansons. Ils ont toujours préféré la spontanéité. »
Dans cette simplicité, les chansons trouvent parfois une pureté et une évidence de grands classiques, comme avec Tout reste à faire, surprenant duo de Souad Massi et Francis Cabrel. « Francis m’a demandé ce dont je voulais parler. Je lui ai dit que, cette fois-ci, ça ne m’intéressait pas autant d’écrire sur l’amour, qu’un certain nombre de choses me démangeaient. Je lui ai parlé de l’injustice, de la préservation de la terre, d’unir des gens, du rêve qu’il n’y ait plus de guerres… Mais j’ai dit : « Ça, c’est naïf. » Il m’a répondu : « Ce n’est pas naïf, c’est beau. » Et il a écrit le texte de Tout reste à faire en français et j’ai eu envie de rajouter un refrain en arabe. Je l’ai écrit en phonétique pour Francis et il l’a enregistré en une seule prise. » Sur cette chanson, on entend aussi le oud virtuose de Mehdi Habbad, jadis moitié de DuOud et aujourd’hui leader de Speed Caravan. Elle est sa voisine à Alger mais Souad l’a finalement rencontré en Égypte, éblouie par son jeu rock nourri de l’enseignement des grands maîtres de la tradition yéménite. Son oud se marie magnifiquement sur cet album aux guitares folk de Michel Françoise.
Mehdi Habbad a aussi enregistré une belle partie de oud dans Une lettre à Si H’med. Avec cette chanson dont la mélodie évoque autant Hank Williams que Joe Dassin, Souad plonge dans la réalité politique et sociale algérienne : « Je m’adresse à l’ancien maire qui n’a jamais rien fait pour réparer la route qui mène à mon quartier. En hiver, la chaussée est tellement souvent inondée que les gens ne peuvent pas aller travailler. Quand une délégation du quartier venait le voir pour se plaindre, il fuyait par la porte de derrière. Maintenant, il est en prison. Et on nous a promis que la route sera bientôt réparée. Mais j’espère que cette chanson sera entendue chez moi. »
Elle n’avait jamais vraiment écrit de chanson directement engagée, « mais la politique c’est la vie de tous les jours ». Souad s’est aussi sentie libérée par un conseil de Paul Weller, à qui elle disait qu’elle n’arrive pas toujours à écrire sur les sujets qu’elle veut aborder. « Il m’a dit quelque chose de tout simple, quelque chose qu’on n’imagine pas chez un artiste qui a écrit autant de chansons importantes : « Eh ! Écris juste comme ça vient. La rime, le joli, les règles, tu t’en fous ! » Ça m’a fait un bien fou. C’est ça, faire un album folk. »