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Né en Pennsylvanie le 17 mai 1965 et ayant suivi une formation de pianiste classique, Michael Trent Reznor fait ses premières armes, entre 1982 et 1984, au sein du groupe lycéen Option 30, en tant que claviériste et chanteur. Evoluant dans un registre new wave, le groupe enregistre un album constitué de démos, qui paraît en 1983 (il sera réédité en 1997). Trent Reznor n’y joue aucun rôle dans le processus d’écriture et quitte bientôt le groupe.

En 1985, diplômes en poche, le jeune musicien rejoint brièvement The Innocent avant d’intégrer The Exotic Birds, un groupe de pop synthétique basé à Cleveland (Ohio), dont il devient le claviériste et programmateur. Il y fait la rencontre du leader, Andrew Kubiszewski, qui sera ultérieurement percussionniste pour Nine Inch Nails (sur l’album The Downward Spiral, 1994) et membre de Stabbing Westward dans les années 90. Après le départ du premier batteur, Trent Reznor introduit dans le groupe Chris Vrenna, qui deviendra un collaborateur régulier de Nine Inch Nails et un membre actif de la scène rock/metal industriel (Stabbing Westward, KMFDM, Die Warzau, Marilyn Manson…). En 1987, il apparaît dans le film Light of Day (avec Michael J. Fox en vedette), comme membre du groupe The Problem.

En 1988, The Exotic Birds se dissout et Trent Reznor décide de travailler seul ; il s’adjoint John Malm, avec qui il s’est lié lorsque ce dernier était manager du groupe. A cette époque, Trent Reznor est employé en tant qu’assistant ingénieur et homme à tout faire aux Right Track Studios. C’est là qu’il acquiert des rudiments de maîtrise du son et peut enregistrer gratuitement des démos de ses morceaux lorsque les studios sont vacants. Désireux de pleinement maîtriser le processus créatif, il préfère travailler seul que s’entourer d’un groupe et jouer de tous les instruments, à l’exception de la batterie. Plusieurs des morceaux qu’il enregistre fourniront ultérieurement la matière du premier album.

Cette même année, il donne quelques concerts en première partie des Canadiens de Skinny Puppy ; il souhaite alors trouver un petit label européen pour le produire. Plusieurs labels répondent favorablement à ses démos. C’est TVT Records qui signe finalement Trent « Nine Inch Nails » Reznor, un label américain spécialisé… dans les musiques pour la télévision et le cinéma.

La rage et la machine

C’est en 1989 que paraît Pretty Hate Machine, premier album de Nine Inch Nails, composé intégralement par Trent Reznor et co-produit notamment par Mark « Flood » Ellis et Adrian Sherwood (ayant travaillé avec des groupes tels que Soft Cell, Skinny Puppy, Cabaret Voltaire ou encore Ministry). Un an plus tôt, Ministry lançait l’album The Land of Rape and Honey, dont trois titres faisaient office de manifeste du metal industriel. Dans un registre voisin, mais dépourvu du vacarme et de la brutalité de ce groupe fondateur, le premier album de Nine Inch Nails développe une musique plus accessible, non dépourvue de mélodies et de structures « pop » (couplet/pont/refrain), où le chant est clair et la mélodie présente.

Bien accueilli par la critique, le disque rencontre peu à peu, à la faveur du bouche-à-oreille, un succès commercial, aidé notamment par la diffusion de singles (« Down In It », « Head Like a Hole » et « Sin ») et Nine Inch Nails obtient son premier Disque de platine. Les tournées de par le monde (notamment en première partie de Peter Murphy ou de Jesus & Mary Chain) n’y sont pas pour rien, œuvrant à faire grandir la réputation d’un groupe de scène aux shows intenses, s’achevant dans la sauvagerie et la destruction des instruments.

Présents en 1991 lors de la première édition du festival alternatif itinérant Lollapalooza (créé par Perry Farrell) au côté de formations telles que Body Count, Rollins Band ou encore Siouxsie & the Banshees, NIN cannibalise la scène et obtient un triomphe. L’Europe, en revanche, se montre plus rétive, d’autant que NIN ne fait pas vraiment un choix pertinent en acceptant d’assurer la première partie de Guns’n’Roses sur le Vieux Continent. L’expérience s’avère catastrophique tant les univers musicaux des deux groupes sont à des années-lumière l’un de l’autre. À quelques reprises, NIN est même obligé de quitter la scène avant l’heure, sous les cannettes vides, les gobelets de bière et les sifflets…

Metal Music Machine

Pressé par le label TVT, Nine Inch Nails est prié de donner un successeur plus commercial à Pretty Hate Machine. En réponse, Trent Reznor contourne ses obligations contractuelles en participant à divers projets sous couvert de pseudos (notamment Revolting Cocks, avec qui il tourne en 1990, ou Pigface, groupes tous deux liés à la galaxie de projets parallèles de Ministry).

Composé en partie durant la tournée de 1991 de Nine Inch Nails, où les compositions de Pretty Hate Machine prennent une tournure plus agressive, l’EP Broken (huit titres dont deux morceaux-bonus, pour un total de… 99 pistes) est très loin des exigences du label, qui espérait un disque radio-diffusable. Trent Reznor, lui, enregistre un disque lourd, dur, sombre ; et, refusant que TVT prenne les commandes de sa création, il sort l’artillerie juridique pour obtenir la résiliation du contrat. Pour finir, Broken paraît conjointement sur TVT et nothing records, label qu’il vient de co-fonder en 1992 avec son ami et manager John Malm, Jr.

Empreint de l’expérience scénique de NIN, Broken est dominé largement par les guitares et un son résolument metal, alors que Pretty Hate Machine était davantage dominé par l’électronique. Plus proche du son de Ministry, le disque est sombre et bruitiste, clamant l’héritage de Big Black. Les thématiques intimes, déjà développées sur Pretty Hate Machine (désespoir, désarroi, souffrance…) y prennent une tournure singulièrement violente. Ce mini-album devient une des œuvres majeures du metal industriel. L’opus lui-même est par ailleurs l’objet d’une recherche artistique très particulière puisque la plupart des morceaux sont illustrés par des clips aussi sinistres et parfois répugnants qu’esthétisants, dont celui de « Happiness in Slavery », où le performer Bob Flanagan est torturé jusqu’à la mort et l’éviscération par une machine. Malgré sa brutalité, Broken se classe septième au Billboard 200. Délicieux pied de nez au label TVT, dont Reznor se défait dans la foulée.

La spirale ascendante

L’univers sonore et visuel de Nine Inch Nails ne manque pas de susciter des vocations et voici que Trent Reznor produit le premier album d’un certain Marilyn Manson, Portrait of an American Family, dont les séances d’enregistrement s’étalent d’août à décembre 1993. L’album paraît conjointement sur les labels nothing et Interscope en juillet de l’année suivante. L’album est enregistré dans la maison où s’étaient déroulés le meurtre de Sharon Tate par les membres de la « Manson Family » en 1969. C’est là aussi que Trent Reznor réalise ce qui est souvent considéré comme son œuvre maîtresse, The Downward Spiral, album qui sort en mars 1994 et pour lequel il s’entoure notamment du guitariste Adrian Belew (King Crimson) ou du batteur Stephen Perkins (Jane’s Addiction).

Après la violente décharge de Broken, c’est un album riche de subtilités sonores et de nuances, évoluant avec aisance, dans une même composition parfois, du fracas et de la violence à la mélodie (un penchant mélodique qu'illustre d'ailleurs le brillant « Hurt », que reprendra en 2002 Johnny Cash, dans une version poignante, sur American IV : The Man Comes Around). La minutie de la production confirme le talent de Trent Reznor (qui co-produit l’album avec Flood) en la matière, ce qui reste une marque distinctive du « son » Nine Inch Nails. The Downward Spiral, pourtant un disque expérimental et difficile, parvient à atteindre la deuxième place du classement Billboard 200, confirmant l’importance prise par NIN dans la scène américaine.

L’album trouve une prolongation en juin 1995, avec un disque jumeau constitué de remixes et intitulé Further Down the Spiral, auquel participent des artistes prestigieux venus de l’industriel (Coil, J.G. Thirlwell de Foetus), de l’electro (Aphex Twin) et du rock (Rick Rubin, Dave Navarro). Cette même année, en octobre, paraît le deuxième album de Marilyn Manson, qui commence à vraiment faire parler de lui, et que Trent Reznor co-produit à nouveau, s’entourant comme pour Portrait of an American Family de ses collaborateurs au sein de Nine Inch Nails tels Charlie Clouser et Chris Vrenna, ainsi que de Dave Ogilvie (Skinny Puppy). Il co-produit Mechanical Animals, concept album et œuvre maîtresse de Marilyn Manson, qui sort un an plus tard et atteint la troisième place du classement Billboard 200 et en fait la nouvelle figure du Mal au pays de l’Oncle Sam.

Ce n’est qu’en 1999 que paraît un nouvel album de Nine Inch Nails, l’ambitieux double The Fragile, pour lequel Reznor fait appel à des artistes d’horizons très divers : Adrian Belew (à nouveau), mais aussi Dr. Dre (assistant au mixage d’« Even Deeper »), Page Hamilton (guitariste de Helmet, sur « No, You Don’t »), le batteur Bill Rieflin (collaborateur de Ministry, KMFM, Pigface, Revolting Cocks… crédité sur un morceau, « La Mer »), le compositeur Clint Mansell, les « techniciens » du son Bob Ezrin, Steve Albini ou Dave Ogilvie… A nouveau marqué par une réelle minutie de la production et la variété des compositions, l’album, s’il entre directement à la première place du classement américain et reçoit un accueil critique globalement positif, ne connaît pas une réussite comparable à celle de The Downward Spiral. Il est suivi d’une tournée, Fragility 2.0 et donne lieu à un album live : And All That Could Have Been, qui paraît début 2002.

Sci-fi rock

Cependant, les années passent et Trent Reznor commence à sérieusement souffrir des conséquences de son alcoolisme et de son addiction aux drogues dures. L’autodestruction n’est pas qu’un thème récurrent des albums de NIN, mais un véritable mode de vie pour lui. Près de quatre années de traitements lui sont nécessaires pour revenir dans le monde des vivants ; cette lutte contre la dépendance aboutit musicalement avec With Teeth, annoncé moins comme un concept album qu’un « recueil de chansons (…) qui n’ont pas besoin l’une de l’autre pour avoir du sens ». Les critiques y voient un retour à des sonorités majoritairement synthétiques, rappelant la démarche de Pretty Hate Machine. Aux thématiques personnelles nourries de son expérience récente, se mêlent aussi des considérations politiques, à l’image du très catchy premier single « The Hand That Feeds », dont le riff principal est inspiré de « You Really Got Me » des Kinks.

Bien que six années se sont écoulées depuis le dernier album studio, le public n’a pas oublié NIN et l’album atteint sans peine la première place aux Etats-Unis. La critique, quoique partagée, est globalement positive. S’ensuivent plusieurs tournées : en Amérique du Nord à l’automne 2005 et à l’été 2006, puis une nouvelle tournée mondiale en 2007, après avoir enregistré un nouvel album.

Year Zero paraît en effet en avril 2007, écrit et composé durant la tournée Live: With Teeth. Présenté comme « la bande originale d’un film qui n’existe pas », ce sixième effort studio de NIN est un album conceptuel bâti sur une thématique dystopique, une œuvre d’anticipation basée sur les événements du début des années 2000 (attentats du 11 Septembre, guerre d’Irak, tensions avec l’Iran…), faisant office de critique contre les politiques gouvernementales de l’ère George W. Bush.

Sous les plages (musicales), les pavés

En 2008, Trent Reznor annonce se défaire du label Interscope, auquel il était lié : NIN sortira ses enregistrements indépendamment des structures habituelles. Il crée ainsi The Null Corporation, sorte de « label fantôme », puisqu'il n'« édite » la musique du groupe que sur internet, donc de façon « dématérialisée ». C’est ainsi que, s’inspirant de la démarche de Radiohead, qui avait proposé en octobre 2007 In Rainbows en téléchargement à prix libre, NIN met Ghosts I-IV (un album en quatre parties, chacune comportant 9 titres) à disposition des internautes en mars 2008. L’album – qui, musicalement, évolue dans un registre ambiant inspiré de certains travaux de Brian Eno – est édité physiquement à partir d’avril via RED Distribution (division des ventes et de la promotion affiliée à Sony).

Afin de mieux coller aux nouvelles modes de consommation de produits audiovisuels d’un public ayant pris l’habitude de surfer, Ghost I-IV est présenté sous la forme d’un ensemble de fichiers .wav permettant à chaque acheteur de pouvoir remixer lui-même les différents morceaux. Par ailleurs, à l’occasion du lancement de Ghosts I-IV, un concours est organisé par NIN qui offre la possibilité à ses fans de tourner et diffuser sur Youtube des clips faits maison pour illustrer les morceaux de l’album, certains de ces courts métrages constituant d’authentiques merveilles de créativité. Un nouvel album intitulé The Slip est mis à disposition des internautes de la même façon seulement deux mois plus tard (et physiquement édité à la fin du mois de juin). La tournée américaine Lights in the Sky (28 dates en Amérique du Nord et 5 en Amérique du Sud) est lancée en juillet, s'étirant jusqu'au mois d'octobre.

Copyright 2008 Music Story Mikaël Faujour