Michel Polnareff
Comme Gainsbourg, il est issu d’une famille d’émigrés russes, et son père est musicien, mais montrera une inclination plus marquée pour le piano classique qui lui vaudra d’être à 11 ans premier prix de solfège du Conservatoire de Paris. Etant allé très tôt chercher esprit et inspiration de l’autre coté du Channel, il cherchera ses marques dans le Paris bohème du milieu des années 60 et se fera remarquer dans quelques tremplins. Suffisamment pour que Lucien Morisse l’homme d’Europe n°1 lui propose un premier contrat.
Le jeune Michel Polnareff part enregistrer à Londres en 1966 ou il montrera de suite sa capacité durable à travailler à l’anglo-saxonne. Commence une série de collaboration avec des arrangeurs de talent comme Jean Bouchéty ou Jean-Claude Vannier, et dès le début son succès est énorme avec des titres comme « La poupée qui fait non » et « Love me please love me ». La France, un peu bousculée par ce Beatnik hexagonal, provocateur naturel mais involontaire, tombe sous le charme d’un mélodiste raffiné, grand orchestrateur qui sait intégrer à merveille les sons du psychédélisme ambiant.
De 1966 à 1970, dans sa période de plus forte créativité, il assènera tube sur tube (« Tous les bateaux tous les oiseaux » et « La maison vide » rien qu’en 1969 !). Quittant son look de jeune homme timide, il construit peu à peu l’icône seventies qui reste encore dans les mémoires : perruque bouclée et lunette noires, qui ne sont que l’expression d’un malaise grandissant. Déjà se profilent la paranoïa, la dépression et l’abandon de ses affaires à un entourage douteux qui le mèneront à la fameuse banqueroute de 1973, puis à son départ pour les Etats-Unis.
Au début des années 70, il reste toutefois musicalement très actif. Membre à part entière de la famille de la variété française, il montre toute la diversité de ses talents, sur scène avec Johnny Halliday, en tournée avec son groupe « Dynastie Crisis », ou dans des musiques de film comme « La folie des grandeurs » de Gérard Oury ». Bien qu’en perte de vitesse, il produit encore des pépites comme « Holidays » ou « On ira tous au paradis » (même moi, me suis-je souvent répété).
Mais ceux qui sont dérangés par cette icône atypique et androgyne veillent (« Je suis un homme » se sentira-t-il obliger de déclamer). Après le coup d’éclat de l’affiche de l’Olympia en 1972, vient vite l’exil de 1973 et cette période d’éloignement qui mêle imprégnation avec le milieu musical Américain et jeu du chat et de la souris nostalgique avec sa chère France (illustré par l’impressionnant « Lettre à France » de 1978).
Le début de cette phase 100% U.S. lui vaudra une 35ème place au Billboard en 1975 pour le titre « Jesus for tonight » tiré de « USA ». Mais, malgré l’évasion que procure les tournées internationales, l’attraction magnétique pour France ne le lâche pas, et il revient peu à peu régler ses problèmes avec le fisc et assurer sa promotion, c’est d’abord « Coucou me revoilou » en 1978 puis le succès de « Bulles » en 1981, qui marque le début d’un retour qui n’aura jamais réellement lieu.
A son retour Polnareff n’est plus le même, sa tendance à une variété de plus en plus facile raréfie les pièces brillantes qui le tenaient à ses débuts loin au dessus de la mêlée. Il est devenu 50% figure mythologique de l’artiste inspiré et reclus des années 60-70 et 50% producteur de tubes dans la tonalité terre à terre des années 80 (comme « Goodbye Marylou » en 1989). Il défrayera encore une fois la chronique en s’installant 800 nuits de suite à l’hôtel Royal Monceau pour préparer l’album « Kama-Sutra » qui sera en 1990 un succès sans vraiment d’étincelles.
Plus de créations ni de nouvelles depuis son concert-retour au Roxy en 1995. Pourtant l’attente d’un public français, aux lumières dans les yeux dès que l’on évoque son éventuel retour, reste incroyablement présente pour cet artiste hors du commun mais un peu trop fragile pour résister à sa propre usure. A suivre …
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