Matt Dusk Matt Dusk

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Dernier single

Il y a ceux qui swinguent, et puis il y a Matt Dusk: chanteur, auteur, producteur, arrangeur, ardent musicologue jazz-pop, et un homme béni… en ce sens que son patronyme est parfait ["dusk" = "la tombée de la nuit"]: ça lui va comme un gant, car son âme véritable sort à l'approche du crépuscule, à l'heure où le public attend le début d'un concert. Ce Canadien nominé aux Juno Awards a passé la plupart de sa carrière à donner nouvelle vie aux standards du Grand Songbook Américain, tout en présentant ses propres créations Pop, plus insolites: son premier CD, “Two Shots”, est certifié Disque d'Or, et le single extrait de l'album, “All About Me”, se classe au #1 des ventes "AC" ("Adult Contemporary"); au Japon, Matt Dusk s'est même retrouvé au #1 Pop avec le single “Back in Town”. C'était la première fois que cela arrive à un chanteur de jazz dans ce pays.



Pour son troisième disque publié par un label majeur, il innove de manière étonnante en préparant son projet: assembler l'album Pop parfait. Coup d'essai, coup de maître infaillible: ce disque est une association électrique de formes décalées, de sauts d'époques et de sons multi-continentaux, et Dusk lui donne le titre Good News. Avec cette vibrante collection d'un enthousiasme passionné, le temps ne s'arrête pas mais danse avec une succession de partenaires qui changent constamment – de la Motown à l'Euro-synthé, du Big-Band pour salles de bal au Blitzkrieg à quatre guitares – tous sont impliqués dans une cavalcade de tubes qui viennent des quatre coins du monde, et qui sont interprétés avec une fusion de styles sonores qui donnent le vertige autant qu'ils éblouissent.



“J'ai décidé d'adopter une mentalité musicale Pop assez 'vieille école,” avoue Dusk le savant fou. “La différence entre l'industrie musicale d'hier et celle d'aujourd'hui est que, dans le temps, le business était entre les mains des éditeurs: ils publiaient les chansons sur papier, elles étaient enregistrées par différents interprètes et, à la fin, il y avait un artiste/arrangement qui emportait la victoire suprême. Ce que j'ai décidé de faire était tout autre: trouver quelques-uns des plus grands tubes étrangers – ceux qui n'avaient jamais été entendus au-delà de leurs propres frontières – et ensuite enregistrer mes propres versions dans mon style à moi. Combien de fois y a-t-il un succès exceptionnel dans un pays qui ne sort jamais dans un autre? Je ne réinvente pas la roue ici. C'est exactement ainsi que l'industrie fonctionnait, disons entre 1920 et 1970. La simplicité même de ce fonctionnement fait que la musique se communique de façon aussi belle… C'est drôle, parce que le jazz vous permet de faire ça en toute impunité… mais si jamais Britney Spears le faisait, elle serait étranglée!” 



Le projet "Good News" va durer dix-huit mois, mais Dusk bénéficie grandement de quelques raccourcis technologiques: l'Internet, et des disques durs remplis de MP3. “On a commencé en décembre '07,” explique-t-il. “Je me suis trouvé au centre de tout, du choix des chansons à la production finale, du fait que je suis un névrosé total! J'exagère à peine en te disant que j'ai pointé 1700 morceaux: pays par pays, j'ai passé des sites Web au peigne fin et j'ai trouvé des liens sur YouTube où je pouvais écouter n'importe quel refrain de toute chanson qui m'intéressait. J'ai exploré des centaines d'historiques à la recherche de mélodies spécifiques que j'avais trouvées émouvantes. Je pensais à mon public, à ce que je voulais leur faire ressentir pendant mes concerts. Tu remarqueras énormément de chorus à l'arrière-plan qui t'invitent à chanter en même temps. Ceci rappelle une époque, comme la musique revient sur une autre. Et le langage/jargon date d'une autre période encore. Je vois tout ceci comme un grand buffet musical: la musique est chargée de diversité, mais c'est ma voix qui lie l'ensemble.”



L'album qui en résulte – douze chansons, dont quelques compositions originales – est le reflet de cette recherche d'amusements en tous genres, avec des mélodies qui accrochent à tel point qu'on ne les attendrait même pas d'un chat nourri aux disques de Sinatra… “Autre anecdote du projet: j'ai sorti mon sac à dos et j'ai parcouru l'Europe pendant trois semaines; j'ai rencontré et travaillé avec des auteurs différents. Il y avait un type – j'ai fini par écrire deux ou trois chansons avec lui – qui persistait à me faire écouter des trucs qui ne m'intéressaient pas. Ce n'était pas ce que je recherchais. Finalement, je l'ai convaincu qu'il devait me filer son disque dur; comme ça, je pouvais piocher dedans et prendre ce que je voulais. Le lendemain, quand il a vu ce que j'ai pris, il m'a dit, ‘Jamais je ne t'aurais proposé ça.’ J'ai dit, ‘Exactement!’ C'est ça qui m'a amusé le plus dans cet album: son côté 'découverte'.”



Au hasard de ces choix: le gros, juteux “Feel Good” qui vous fait claquer les doigts; la méditation (détendue) sur le thème de la séparation (“It’s Not That Easy”); ou encore cette bop-chansonnette façon Sixties intitulée “Operator Please”, comme un appel au SAMU pour sauver un amour… 



Quand on lui demande s'il choisit les chansons uniquement parce qu'il les aime, ou si c'est parce qu'il y voit un potentiel qui peut les emmener plus loin, Dusk répond: “Un peu des deux. Je suis plutôt arrangeur/producteur que musicien… toujours en train de penser comment on peut modifier tel son ou telle instrumentation pour muscler une chanson. Pour ‘On Vacation’, par exemple, je voulais que ce morceau ait le même genre de feeling que ‘Since You’ve Been Gone’ de Kelly Clarkson, avec trois niveaux de guitares saturées dans le refrain… c'est quelque chose que tu n'aurais jamais avec un big-band à l'arrière-plan, mais qui emmène cette chanson à un autre niveau d'intensité et d'ampleur. C'est la même chose avec ‘It Can Only Get Better’: la version originale que j'ai entendue est un truc piano-chant. Un pote m'a suggéré de la transformer à la manière de ‘Fix You’, de Coldplay, qui commence de la même façon mais prend de l'ampleur pour devenir un peu ‘Guerre des Guitares’, avec un mur de guitares à 19 couches sonores… J'aime bien écouter de la musique avec le volume à fond, alors j'ai fait le genre de disque qui te donne envie de booster le son, et te marrer surtout!”



Parmi les plus mémorables de ces joyaux déterrés/repensés il y a le premier single/vidéo/titre éponyme, “Good News”. Matt Dusk se souvient de la folie heureuse qui régnait pendant le tournage de la vidéo, et de cette spontanéité qu'il aime apporter à de telles situations: “C'était un tournage de deux jours, avec une bande d'amis et un jeune réalisateur. On l'a transformé en bamboula – tous déchirés. Puis, quelqu'un sort une guitare. Moi, je ne sais pas jouer, mais j'ai fait l'âne pour la caméra quand même, parce que je voulais montrer que ça n'a vraiment aucune importance. Ce qui compte, c'est l'instant. Et, surtout, ne pas se prendre au sérieux.”



Musique et arrangements mis à part, il existe beaucoup de magie lyrique dans ces chansons, toutes plus complexes qu'elles n'y paraissent. A l'intérieur du rythme de “Don’t Hate On Me” – un rythme droit-devant en quatre – il y a ces lignes mémorables, “Nous sommes dans le bon train qui file sur la mauvaise voie / Pas de ta faute, pas de la mienne / Pas la faute du voyage, elle n'était pas sous garantie / C'est aujourd'hui le jour, c'est maintenant le moment, ne me déteste pas.” Et puis il y a le côté mousseux, irrésistible, de “Love Attack”, avec ces lignes qui planent au-dessus du battement rythmique créé par le synthé: “Comme une drogue tu me montes d'un cran / Soûle-moi de ton désir / Ni évasion ni course à l'abri / Quelque chose me dit, fais gaffe / Je crois que je suis attaqué par l'amour!” Et Dusk qui ajoute: “Je ne vis que pour des trucs comme ça! Jukka Immonen m'a envoyé cette chanson avec des paroles complètement différentes – une fille qui chantait par-dessus cette piste Euro-synthé. Ce n'était pas mon genre de truc, mais j'ai chargé mes Pro Tools et j'ai commencé à tout réécrire. Quand je l'ai fait écouter aux gens, ils se demandaient, ‘Mais, qu'est-ce que c'est que ÇA?’ T'as déjà entendu une partie vocale de crooner sur une piste Euro-synthé? Les gens l'adorent.”



Né au Canada, Matt Dusk est un ancien élève de la St. Michael’s Choir School et a étudié le piano à la York University avec Oscar Peterson, une légende du jazz. Excellent interprète de standards, Dusk est chassé par plusieurs labels avant de signer un contrat lucratif. En 2004 vient 'Two Shots', des débuts mélancoliques: “Je vivais une séparation à l'époque,” explique-t-il, laconique. Son album suivant (2007) est 'Back in Town', un disque punchy enregistré par le génial ingénieur Al Schmitt à Hollywood, dans le Studio A de Capitol Records – berceau de Sinatra et de Nat "King" Cole – avec des arrangements signés des deux vétérans Patrick Williams et Sammy Nestico. L'objectif de Dusk: interpréter des morceaux intemporels avec une approche toute neuve. Sa version de “Get Me to the Church on Time” est reprise par l'émission télévisée “So You Think You Can Dance.”



Pour Good News, Dusk coproduit le disque avec Ron LoPata (également co-auteur de son premier album) et embauche Terry Sawchuk – producteur de 'Back in Town' – pour superviser les séances de mixage. A propos de sa méthodologie, Dusk explique, “Dans un marché où, à nouveau, il est question uniquement de singles, il est très rare que des gens écoutent l'habileté et l'art d'un album. Ce que je voulais faire avec 'Good News' est en partie dû au fait que, aujourd'hui, quand tu demandes aux gens quelle musique ils aiment, la plupart te répondent qu'ils aiment toutes sortes de musiques, à condition qu'elles soient bonnes. Tu n'entends pas tellement, 'je n'aime pas la musique Country'; tu entends plutôt, 'J'aime tout ce qui me procure des émotions.' Je ne crois pas qu'il y ait de vraie originalité dans la musique. C'est toujours une question de degré: c'est tout proche de quelque chose que tu connais déjà.”



Dusk piaffe d'impatience avant d'emmener son spectacle en tournée – neuf musiciens, cuivres et rythmique – car c'est sur scène que son adrénaline coule à flots. Les disques ne sont qu'un mémento de l'homme qui veut introduire les éclairs de cet échange d'énergies dans un flacon audio. “Quand tu fréquentes des gens qui adorent la musique autant que toi, c'est ça le moment que j'adore, et en même temps le moment que je crains le plus de perdre. Je n'essaie pas de changer le monde. Je ne suis qu'un 'entertainer' qui veut injecter un peu de jazz dans une veine conventionnelle. Avec 'Good News' je cherchais comment emmener mon public avec moi en dehors du genre jazz pur.”



“Souvent, je compare le plaisir de faire de la musique avec celui de faire l'amour,” dit ce nouveau roi du Swing. “Tu ne sais pas pourquoi tu aimes ça, mais tu l'aimes! Je ne vis que pour ça: cette énorme orgie musicale entre mon public et moi.”