Louis Bertignac Louis Bertignac

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Sans doute le soleil, en tapant sur la tête de certains bambins, contribue-t-il à libérer leur talent : on finirait par se poser la question en constatant le nombre d’artistes, politiques et autres gloires nationales né(e)s en plein Empire colonial français. C’est en effet à Oran (Algérie française) que Louis Bertignac voit le jour, le 23 février 1954. Mais la musique qui fait alors danser la colonie nord-africaine n’a rien de guilleret : en pleine guerre d’Algérie, la famille Bertignac regagne la métropole. Le petit Louis, âgé de trois ans, s’installe à Paris, et plus précisément dans le XIIème arrondissement, où il grandit. Son premier contact avec la guitare n’est guère concluant : peu enthousiasmé par ses cours de guitare classique, le jeune garçon laisse vite tomber.

Ce n’est qu’un peu plus tard que le virus de la musique le prend : au début des années 1970, Louis Bertignac, fan des Rolling Stones, des Beatles et de Led Zeppelin, commence de se sentir pousser des ailes de rocker. C’est à cette époque qu’il rencontre Corine Marienneau et Richard Kolinka, deux des futurs membres de Téléphone. La carrière du jeune musicos ne va en effet pas tarder à passer à la vitesse supérieure, grâce à sa liaison avec la chanteuse Valérie Lagrange, qui lui présente Jacques Higelin. Convaincu du talent de Louis Bertignac, Higelin l’embauche en qualité de guitariste du groupe Les Super Goujats, qui l’accompagne lors de sa tournée. Le jeune musicien est de l’aventure jusqu’en 1975 et contribue à l’album d’Higelin, Irradié.Mais le jeune homme ne compte pas jouer éternellement les seconds couteaux, serait-ce dans une ombre aussi prestigieuse que celle de Jacques Higelin : avec Eric Levi (guitare), Corinne Marieneau (basse) et Fabienne Shine (chant), le guitariste lance le groupe Shakin’ Street (emprunté au titre d’une chanson du MC5), évoluant dans un registre hard rock. Malgré le succès d’estime remporté par ces pionniers du heavy metal à la française, le hit-parade hexagonal ne leur tend pas encore les bras. Shakin’ Street poursuit finalement sa route sans Louis Bertignac et Corine Marienneau qui continuent d’écumer de leur côté les salles de concert.

Le coup de Téléphone

Le destin des musiciens, à force de rencontres impromptues dans des salles enfumées ou chargées d’électricité, connaît parfois des accélérations aussi puissantes qu’imprévisibles. En novembre 1976, Louis Bertignac et Corine Marienneau sont sollicités par Jean-Louis Aubert et Richard Kolinka, deux autres jeunes musiciens rencontrés peu de temps auparavant : ces derniers doivent jouer au Centre américain de Paris mais les musiciens qui devaient les accompagner leur ont fait faux bond ; Louis et Corine acceptent de les remplacer au pied levé et c’est sur scène, lors du concert du 12 novembre 1976, que le groupe Téléphone voit le jour. Après une intense période de concerts, le groupe perce enfin en 1977 avec « Métro c’est trop » et son premier album, Anna.

L’immense succès de Téléphone, qui permet la naissance d’un authentique rock français intense et déchaîné, est aussi celui de Louis Bertignac, qui s’affirme comme l’un des meilleurs guitaristes du paysage musical hexagonal. Volontiers comparés aux Rolling Stones, les membres de Téléphone font individuellement l’objet du même parallèle : si Jean-Louis Aubert, chanteur charismatique, est plus d’une fois comparé à Mick Jagger, Louis Bertignac, roi de la guitare, se voit hissé sur le piédestal de Keith Richards. Jean-Louis Aubert assure l’essentiel du chant, mais Louis Bertignac donne également de la voix. Multi-instrumentiste, Bertignac est un spécialiste des guitares électriques (avec une préférence pour la gamme des Gibson, bien qu’il maîtrise également les Fender et Rickenbaker) mais s’exprime volontiers sur des guitares acoustiques, des basses, et même un oud.Les albums Au Cœur de la Nuit et Un Autre Monde (troisième et cinquième albums, parus respectivement en 1980 et 1984) marquent une génération, tandis que plusieurs morceaux du groupe – « La Bombe Humaine », « Argent trop cher »… – s’affirment comme des standards impérissables du rock français. Téléphone côtoie les grands, assurant les premières parties d’Iggy Pop et, suprême consécration, des Rolling Stones. Mais, suivant le plus déprimant des lieux communs, les meilleures choses ont une fin : en mai 1986, après 450 concerts et cinq albums, le groupe annonce sa séparation. Jean-Louis Aubert et Richard Kolinka continuent de travailler ensemble, tandis que, de leur côté, Louis Bertignac et Corine Marienneau donnent naissance à la formation nommée Louis Bertignac et Les Visiteurs.

Cœur de rocker

En 1987, paraît un premier album du groupe éponyme (Louis Bertignac et Les Visiteurs), dans lequel Louis Bertignac passe enfin au premier plan et, sans égaler la puissance vocale de Jean-Louis Aubert, s’affirme comme un chanteur de talent. Le succès est au rendez-vous, grâce notamment à la chanson « Ces idées-là », slow à la fois rock et romantique, où l’empreinte de Téléphone est encore évidemment très sensible. Mais en 1990, le second album des Visiteurs, sobrement intitulé Rocks, remporte moins de succès ; c’est une nouvelle séparation, Corine Marienneau souhaitant abandonner la musique pour le théâtre. Louis Bertignac part pour un voyage en Orient (Inde, Népal) et revient, ressourcé et prêt à se lancer enfin dans l’aventure d’une carrière solo.Avec le concours du producteur Tony Visconti (T. Rex, David Bowie, The Stranglers, Rita Mitsouko…), du batteur Manu Katché, et la participation de Vanessa Paradis en choriste, Bertignac enregistre Elle et Louis (1993), dont se détache particulièrement le titre « Vas-y guitare » (« Je l’ai toujours autour du cou / Elle ne m’a jamais, jamais quitté/ C’est elle qui joue ce soir »). Si les ventes de disques ne sont pas miraculeuses, Louis Bertignac se lance néanmoins dans une longue tournée, accompagné d’une formation acoustique, dont sortira l’album live Bertignacoustic, mixé par Dominique Blanc-Francard. A la même époque, un projet de reformation de Téléphone tourne court, malgré un nouveau concert en commun, le 26 mai 1994. Sa rencontre avec le parolier Etienne Roda-Gil donne naissance à l’album 96, à la sensibilité fortement rock.

En 1998, c’est la parution d’un double album live, regroupant ses meilleures interprétations scéniques accompagné d’un CD-Rom à la gloire du chanteur. Louis Bertignac se fait ensuite plus discret ; s’il revient en 2002, c’est dans un rôle d’homme de l’ombre. Carla Bruni, mannequin récemment reconverti en chanteuse, fait appel à ses services pour être le réalisateur de son premier album, Quelqu’un M’a Dit. C’est une éclatante réussite artistique et commerciale, dont la gloire rejaillit sur Louis Bertignac, qui fait figure d’accoucheur de talents musicaux et de parrain de la scène. Il renoue parallèlement avec ses vieilles amitiés pour réaliser l’album de Corine Marienneau. Le chanteur-guitariste, à la manière d’un dandy du rock impérial et revenu de tout, vient volontiers donner de la gratte sur les plateaux d’émissions de télé-réalité musicale pour faire profiter de son expérience les jeunes candidats éblouis. Mais Bertignac a quelques problèmes de santé et doit rester un temps éloigné des feux de la rampe pour soigner une hépatite C.

Une fois remis, et galvanisé par la naissance de son premier enfant, Louis Bertignac se remet au travail et enregistre enfin en 2005 un nouvel album  solo, Longtemps, disque « fabriqué à la maison » par l’homme-orchestre. Des amis comme Richard Kolinka (instrumental) et Carla Bruni (textes) ont participé à cette renaissance artistique, où Bertignac s’amuse à introduire des sons d’instruments africains et népalais, ramenés de ses multiples voyages. L’album est accompagné par une tournée, qui remporte un succès notable, Bertignac affichant complet à L’Européen, à Paris : au cours de ce Longtemps Tour, Bertignac est accompagné de Cyril Denis (basse) et Hervé Koster (batterie).Voyant dans le groupe formé avec ses deux compères une analogie avec le trio The Jimi Hendrix Experience, Bertignac rend hommage à leur expérience scénique avec l’album Live Power Trio, paru en 2006. Fidèle dans ses collaborations, le chanteur remet ensuite sa casquette de réalisateur pour les besoins de l’album de Carla Bruni, No Promises. Loin des chanteurs ringardisés reprenant inlassablement leurs ritournelles et leurs jeux de scène rendus obsolètes par le temps, Louis Bertignac fait figure de parrain du rock, en perpétuelle réinvention musicale tout en demeurant dans la grande tradition des Stones. Si sa renommée et son succès commercial n’ont jamais égalé le temps glorieux de Téléphone, auquel il demeure indissolublement lié, Bertignac a su prouver que les vrais héros du rock ne vieillissent pas : ils mûrissent et s’enrichissent avec le temps. 

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