La Fiancée La Fiancée

Dernier album

Une sorte de carte du tendre de ses affinités musicales, sur le mode toujours judicieux du « dis-moi qui tu aimes… », une playlist intime et forcément très éclairante. Elle aurait pu en choisir des dizaines d’autres, mais ce furent celles-ci, certaines pour leur évidente proximité élective, d’autres au contraire pour leurs mystères à percer. Tandis que la France somnolait entre matchs de foot et parasols, au cours de l’été dernier, Claire La Fiancée préférait aux histoires de plage l’atmosphère ensorcelante d’un studio d’enregistrement hors du temps. Situé à Saint Remy de Provence, La Fabrique est notamment connu pour abriter l’une des plus vastes collections de vinyles au monde, riche de plus de 200 000 pièces amoureusement rassemblées par le collectionneur Armand Panigel. Rien n’était plus propice que cet environnement hanté de mille et une vibrations musicales pour donner (re)naissance à quelques chansons célèbres ou méconnues, tirés du répertoire français ou anglo-saxon. Entourée des musiciens qui pour la plupart l’accompagnent sur scène, du réalisateur Jack Lahana déjà à l’œuvre sur le précédent ep, Claire a donc mis en route son juke-box fantasmatique, sans chercher à bousculer de trop ces chansons qu’elle admire, sans pour autant effacer derrière elles ce qui constitue son propre tempérament musical. Elle s’empare tout d’abord d’Ouverture, le titre qui ouvrait sur le Corps et Armes d’Etienne Daho en 2000. Un véritable tour de force dont elle su préserver le lyrisme, le crescendo passionnel, tout en parvenant à y imprimer une marque féminine nouvelle. Hymne à l’amour fou, quête d’extase torride, cette chanson est sans doute l’une des plus intimes et époustouflantes de Daho, qui en a déjà validé la version de La Fiancée. Elle revisite ensuite Tout ce qui nous sépare, l’un des meilleurs tubes pop français du début des année 90, chanté par la trop rare Jil Caplan et écrit par son complice de l’époque, Jay Alanski. Une chanson qui, dans ce qu’elle raconte des amours qui s’effilochent, comme dans son armature folk up tempo, n’a pas pris une ride. Tout aussi bien conservé est ce morceau magnifique du groupe anglais de Liverpool, It’s Immaterial, Driving away from home, qui connut son heure de gloire sur les ondes internationales en 1986. Décidée à le reprendre en invitant la voix du chanteur original, John Campbell, La Fiancée est parvenue à retrouver sa trace au terme d’une véritable filature pour ce duo « immatériel », puis qu’il a eu lieu à distance, ce qui lui confère une grâce un peu surréelle, avec un climat de ballade nocturne encore plus envoûtant que l’originale. Ce qu’a d’ailleurs reconnu John Campbell lui-même. Admiratrice de Benjamin Biolay depuis l’origine, Claire a choisi de reprendre avec en léger décalage cabaret bastringue le très poignant Bien avant, extrait de l’album Trash Yéyé. Autre BB au programme, LA Bardot, dont Claire enfile la robe vichy le temps d’une Histoire de plage (1964) faussement légère avec ses tonalités estivales mais émouvante dans sa lamentation des illusions trop vite emportées. Grâce à ses parents, La Fiancée fut très tôt plongée dans un bain pop coulant de la meilleure source, celle des sixties. Elle termine donc ce ep par une version d’un morceau rare des Zombies, Smokey day, datant de 1968 et repris trois ans plus tard sur l’album solo de leur chanteur Colin Blunstone. Lancinante comme certains titres de Massive Attack, traversée d’un chœur onirique et chantée avec toute la ferveur nécessaire, c’est encore un autre facette plus trouble des talents de La Fiancée que cette extraordinaire reprise met en lumière. Et pour d’autres facettes encore de ce portrait qui se dessine un peu plus à chaque disque sous nos yeux, y compris à travers leurs pochettes, il faudra patienter quelques mois, jusqu’au quatrième et dernier ep, qu’elle est déjà en train d’écrire, de ce quarté déjà largement gagnant.
Belle et fraîche comme la rosée, la voix de cette Fiancée résolument libre sert ainsi de véhicule trompeur au désenchantement amoureux, mais gageons qu’il ne s’agit-là que de fictions. Que dire encore de ce “Soleil pâle”, nouvelle composition du dandy Edgar Ficat, déjà en binôme avec Claire sur le précédent EP (“L’emploi du moi”) et sur le premier single de Camelia Jordana “Non non non (écouter Barbara)”, sinon qu’il embarque à nouveau dans une voluptueuse fugue ravelienne aux accents “Melody Nelson” et aux chœurs élégiaques La Fiancée vers le célibat. De sa fidélité pourtant elle apporte la preuve puisque Florent Marchet, maître d’œuvre du premier EP, refait une courte mais remarquable apparition ici avec “Les Mains sales”, lequel donne lieu au texte le plus sensible et émotif jamais écrit par Claire. Cette Fiancée qui d’un EP à l’autre va finir par rendre l’attente du prochain franchement insoutenable.