Jamiroquai Jamiroquai

Dernier album

Dernier single

Pour commencer, lorsqu’il écrit des chansons, « si le morceau ne rend pas bien uniquement en voix et clavier ou voix et guitare, balancez-le ». Vous pouvez prendre tous les meilleurs producteurs ou musiciens du monde – et Kay sait de quoi il parle quand il s’agit de vrais pros – et vous pouvez être dans l’âge d’or du funk groove, rien de tout cela ne rendra spéciale une chanson pas géniale au départ. Mais ajustez l’accord de base correctement et c’est parti…

Aussi, à tout juste 40 ans, et avec une toute nouvelle maison de disque, il s’agit pour lui de cultiver cette simplicité. Sinon, comme il le dit avec son franc-parler caractéristique et son esprit tranchant : « Arrêtez de vouloir tout compliquer, bon sang ! J'adore faire genre 'oh, ce texte n'est pas très profond’... », admet celui qui s'intéresse depuis toujours à l'écologie, à la religion, à l'espace et à la futurologie (et bien sûr aux voitures et aux hélicoptères). Mais attendez un peu : certaines des meilleures chansons de l'histoire sont simples. Écoutez par exemple Stevie Wonder : ‘tout est beau dans l'amour, deux personnes jouent le jeu...' Ce n'est pas franchement très cérébral! Mais c'est sentimental. Parfois, peu importe que vous chantiez 'la vache s'assoit en haut de la montagne'. Si vous le chantez bien, alors ça fonctionne. Règle d’or ! », dit-il d'un air détaché et avec satisfaction.

Autres règles : Plus de vidéos montrant des tocards exhibitionnistes : après avoir créé autant de clips emblématiques, Kay veut désormais réaliser des vidéos qui ressemblent davantage à des courts métrages. Et en plus, si ça signifie qu’il peut faire venir son hélico et montrer ses toutes nouvelles aptitudes de pilote, c’est cool.

Ne pas sur-analyser en studio. « Parce que je ne voulais plus bosser pour me rendre compte après coup que je n’avais pas fait les bons choix, genre ‘oh, ça ne me plaît plus maintenant !’, ce que j’ai fait pour ce disque, c’est enregistrer une chanson, l’élever à un certain niveau, puis ne plus l’écouter pendant deux mois. Et ensuite quand tu y reviens, tu fais : ‘oh, génial…’ »

Ne pas se surexposer. Oui, Kay a fait le bonheur de la presse, en bien et en mal. Mais il vaut mieux à présent laisser la parole à la musique – et consacrer son temps à s’assurer que la musique sonne juste. Ceci dit, cinq ans ont passé depuis son dernier album en studio, Dynamite, et quatre ans depuis sa collection de greatest hits, High Times : Singles 1992-2006. « On doit faire nos preuves, » reconnaît-il avec la candeur qui le caractérise. « Si on ne sortait pas cet album maintenant, on ferait partie de ceux dont les gens disent ‘ah oui, je me souviens vaguement de ces types'… ».

Jamiroquai – Jay Kay et son groupe de co-équipiers musiciens affranchis – est de retour. Rock Dust Light Star, album brûlant, poétique, étoffé, méditatif et inspiré, leur septième album studio et le premier sous leur nouveau label Mercury, est le résultat de deux années de travail. Même si, c’est vrai, à ce moment-là, Kay prenait aussi des cours de pilotage, une entreprise extrêmement ardue et un véritable défi psychologique.

L’album est réalisé en parallèle au studio qui se trouve chez Kay, à Buckinghamshire, au légendaire Manoir Hook End à Oxfordshire « meilleur matériel d’enregistrement du pays » d’après les jeunes co-producteurs de l’album (en association avec Kay lui-même), Charlie Russel et Brad Spence, et en Thaïlande.

« Pourquoi la Thaïlande ? » dit Kay d’un air songeur. « Juste un petit plaisir pour les gars. Autrement, pas de raison particulière. Non, je vous explique pourquoi ! : Dans le studio là-bas, il y avait exactement les mêmes tables de mixage que nous avions chez nous, et ça revenait beaucoup moins cher d’aller là-bas, pour les repas et tout le reste, en forfait tout compris, que de continuer à Hook End et d’endurer le crachin et la morosité du mois de février britannique. »

Le premier single épique, une ballade imprégnée de soleil californien, Blue Skies, aux nombreux arrangements de cordes et au chant émouvant, et I’ve Been Hurtin’ (riffs de Led Zep avec les vibes de Donny Hathaway), sont tous deux la démonstration du nouvel aspect de la voix de Kay. L’enregistrement de ce dernier single, une chanson brillamment minimale, avec guitare électrique et voix électrisante et rauque, « c’était le genre classique de boulot qu’on fait avec la moitié d'une bouteille de Scotch et 60 clopes à deux heures du mat'. Ça marche ! »

Au-delà de cette « méthode » vocale, « j’ai utilisé ma voix de manière un peu différente, peut-être plus décontractée. Je l'ai un peu ralentie. Il faut grandir avec la musique. »

Le premier avant-goût de ce nouvel opus, uniquement disponible en vinyle et en édition limitée avant la sortie de l'album, s'appelle White Knuckle Ride, un morceau synthé-disco à vibrations, qui date de quelques années. « On a mis un certain temps à le mettre au point. Mais du point de vue du chant, la principale partie du morceau, une fois que je m'y suis mis, ça ne m’a pris réellement que 15 à 20 minutes. »

C’est, d’après lui, « un conte moral qui conseille de faire attention à ses rêves », interprétation sommaire de ses expériences dans le « métier », mais qui s’applique également à la vie de chacun d’entre nous en ces temps de pression intense.

« Et ce qui est bien dans ce single, c’est que c’est en live. Tout sur cet album est live. C’est un vrai disque de groupe de musique. Le dernier album était génial, mais nous l’avions enregistré en studio puis coupé en sections. « Est-ce qu’on peut déplacer la caisse claire juste d’une milliseconde ? » L'ensemble devenait vraiment stérile, » déclare cet auteur-interprète autocritique et intuitif, dont l’instinct lui a permis d’entretenir ses progrès musicaux et sa santé mentale. « Alors cette fois, on s’est dit, il faut que ce soit en live. Si vous avez le sentiment de continuer à construire quelque chose, c’est parce que ça devient de plus en plus fort. Vous avez quelque chose à faire passer quand vous faites les impros, comme sur scène. »

Il y a davantage de candeur dans le single blues-reggae Goodbye To My Dancer. « C'est basé, en quelque sorte, sur quelqu'un que je connais, mais on l’a un peu modifié. Mais ouais, une fille avec laquelle je sortais, puis qui s’est mariée… » Le morceau contient des notions de cette « amertume que vous ressentez quand on vous laisse dehors dans le froid. » Et ouais, c’est un peu méchant, un peu provocateur. »

Une chose qui n’a pas changé au fil des ans, c'est l'esprit sans limites, bien informé et entêté de Jason Kay. Le titre principal de l’album, un morceau vibrant et entraînant véhiculant un message sans équivoque, leur est venu lors d’une tournée en Extrême-Orient.

« J’étais en Malaisie, à Kuala Lumpur, pour le travail. On était en train de dîner et des gens sont venus vers nous. Je ne sais pas qui ils étaient, ils ne m’ont pas particulièrement plu. Enfin bon, le sujet principal a porté sur la religion. Et je ne suis pas quelqu’un de religieux, et je ne l’ai jamais été. Mais j’ai toujours trouvé fascinant le concept global de la religion, ces choses dont il n'y a apparemment aucune preuve de leur existence.

Et j’ai été quelque peu agacé par la conversation, et j'ai fait, « et puis merde, je me casse. » Et j’ai commencé à réfléchir…Je crois fermement qu’un de ces jours, nous serons touchés par un morceau de roche. C’est arrivé par le passé, ça arrivera de nouveau. »

Ses croyances sur les météores ont poussé Kay à réfléchir à la vie et à tout ce qui tourne autour.

« Le titre porte effectivement sur ce dont nous sommes faits. Nous sommes tous faits de cette drôle de poussière qu'on appelle poussière d'étoiles. Je me suis juste dit que ce serait sympa de se concentrer davantage sur l’extérieur plutôt que sur l’intérieur, ce que l’on fait en priant. Si vous voyez un grand éclair dans le ciel, vous pouvez tous vous mettre à genoux – ça ne sauvera aucun d’entre nous. »

« Je voulais juste dire ce que j'avais sur le coeur, vraiment. L’enjeu est grand pour la religion qui doit répondre aux questions de tous les fronts. Aussi chanter est un peu, d'une certaine façon, un moyen de s'élever. « Le Salut vient-il d’En-Haut »? Vous le saurez quand vous serez touchés par un morceau de roche de la taille de votre chambre à plus de 60 000 kilomètres par seconde. Ça va causer pas mal de vilains dégâts. On sera ramenés à l’âge de pierre en l’espace de 38 secondes. »

Il dit cela avec un vif enthousiasme. C’est ce même émerveillement face au pouvoir des idées et de la musique qui a fait de Jamiroquai l'un des meilleurs groupe live connus. Cet été, ils ont dépoussiéré leur style grâce à un certain nombre d’affiches à des festivals européens, et à un concert aux côtés de Stevie Wonder au Hyde Park de Londres. C’est un groupe plein d’énergie, mené par l’un des leaders les plus charismatiques que la Grande-Bretagne ait produit, et dont les étagères sont pleines de récompenses : cinq MTV Awards, un Ivor Novello Award et un Grammy, pour n’en citer que quelques uns.

« Je me sens revigoré, assagi dans la musique et dans le métier, » déclare-t-il. Il était « physiquement exténué » après ses sept albums chez Sony, le label avec lequel il avait signé alors qu’il avait 22 ans. Il sentait que leurs relations étaient épuisées, dans tous les sens du terme. Il voulait « délimiter les règles ».

Puis, ça a fait tilt. Une nouvelle équipe chez Mercury, un partenariat de création revigoré avec ses musiciens et ses producteurs, et même, à travers le pilotage d'hélico, une nouvelle passion exigeante génératrice d'adrénaline, tout cela vient s’ajouter à un homme fourmillant d'idées, et heureux de partir en tournée et de proposer ses nouvelles chansons au monde entier.

« La vie commence à 40 ans, le cliché est exact, » dit Jay Kay avec un sourire, « et j'ai le sentiment d'être privilégié et chanceux d’être encore de la partie. C’est important pour moi. C’est une longue, très longue route. Et peu importe ce que disent les gens, c'est le travail acharné des premières années qui vous emmène à la réussite, et je crois que cela se voit dans cet album. Et malgré tout ce qui a pu se produire dans le passé, le bon comme le mauvais, être encore de la partie, c'est formidable. »

Être de la partie, et au top niveau. Jamiroquai est de retour !