Ayo Ayo

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Ayo est une guerrière. Difficile à croire quand on la voit si belle et si frêle avec sa guitare en bandoulière, et pourtant : toujours sur la route, en concert ou en studio, elle vit la vie quotidienne d’une vraie artiste qui ne joue pas la star mais aime la musique plus que tout. « Je ne travaille jamais vraiment sur un album : j’écris des chansons tout le temps et à un moment, je réalise que j’ai de quoi faire un disque. Alors j’entre en studio. Et depuis dix ans je suis sur la route, en mouvement, je ne fais aucune distinction entre ma musique et ma vie. C’est impossible pour moi. Peut-être qu’un artiste pop peut séparer sa performance de sa vie privée mais pas moi. Jouer de la guitare, chanter, c’est naturel pour moi ».


Après avoir vendu un million et demi de disques dans 40 pays, Ayo retrouve le producteur de son premier album, Jay Newland, pour Ticket To The World, un nouvel opus enregistré dans les conditions du live, riche de seize chansons, dans lequel elle allie le naturel à l’élégance. Ça commence avec la couverture, une photo prise, comme toutes celles du livret, à Château Rouge, l’immense marché africain situé en plein Paris. La classe dans le ghetto. Dès les premières notes de l’incendie “Fire” aux relents d’insurrection folk rock, le ton est donné. Une révolution dans un gant de velours, l’inspiration d’une pasionaria de la chanson nourrie aux émotions fortes. « Pour moi, tout tourne autour de la soul, de l’âme. J’ai écrit “Fire” pendant mon dernier séjour à New York, au moment où les émeutes démarraient à Londres, pas longtemps avant les Jeux Olympiques. Tout a changé, et pas forcément pour le meilleur. La musique, ça n’est pas seulement de l’amusement, ça peut aussi être une arme contre les injustices. Utilisée de la bonne façon, la musique peut devenir l’amorce d’une révolution ».


Le ton se fait country folk sur “Justice”, en duo avec Clarence Greenwood alias Citizen Cope, chanteur et songwriter (notamment pour Dido, Santana et Sheryl Crow) qu’Ayo admire. « C’est un de mes artistes favoris, j’aimerais qu’il soit autant apprécié en Europe qu’aux Etats-Unis. Nous sommes devenus amis et je lui ai demandé d’écrire ce duo. Il apporte une touche différente à ma musique, une autre couleur ». Les reprises sont au nombre de deux : “Sunny”, popularisé par Boney M dans les années disco mais créé par Bobby Ebb en 1966. « J’adore la version de Bobby, c’est un souvenir d’enfance pour moi ». Une chanson qu’Ayo avait interprétée pour la série Summer Of Soul sur Arte, dont elle a été la marraine cet été, avec ce titre. L’autre cover est celle d’un artiste qui a défrayé la chronique après un long silence, Rodriguez. « Je l’ai découvert grâce au film Sugarman. J’étais dans l’avion qui me conduisait au Swaziland et j’ai dû le voir trois fois d’affilée pendant le trajet ! Il m’a vraiment touchée, c’est un poète. J’ai tout de suite voulu reprendre une de ses chansons et le directeur de Motown m’a suggéré “I Wonder”. C’est ma préférée, la mélodie est incroyable et reste gravée dans le crâne ». Toutes les chansons ont été enregistrées avec des musiciens hors pairs (Larry Campbell à la guitare, Ira Coleman à la basse) dans l’un des meilleurs studios new-yorkais, Avatar. Sauf une. « J’ai écrit “Who” alors que j’allais en Bulgarie », se souvient Ayo. « Je donnais un concert là-bas, et j’ai joué le titre. Ça a tellement bien été reçu que je savais qu’il fallait que je le mette dans l’album. Donc je suis retourné à Paris l’enregistrer en studio. C’est le dernier titre mis en boîte pour “Ticket To The World” ». Le batteur et le guitariste de l’album, Charles Haynes et Sherrod Barnes seront présents avec Ayo sur scène, là où ses chansons prendront une nouvelle dimension.


L’album se conclut avec la version spéciale de “Fire” qui accueille Youssoupha en guest. « Il y a quatre ans, le père de mon enfant enregistrait dans un studio où Youss’ travaillait et il m’en a parlé. J’ai été voir ses vidéos sur Youtube car j’aime découvrir des nouveaux artistes hip-hop. Il avait un superbe flow et quelque chose à dire ». “I’m Walking”, “Who”, “I Need You”, “Complain”, “Teach Love” et ses touches créoles : les titres forts abondent sur cet album qui semble destiné à toucher le grand public. Une préoccupation qui échappe à Ayo. « Je suis une passionnée. Les chansons, c’est ma thérapie. La musique a des pouvoirs, elle peut guérir, amener de la force ou de la foi. La musique est un instrument divin, c’est ma religion. Je ne pense pas à l’aspect commercial, ça tue la passion. Pour moi, chaque disque est un succès et je me considère comme très chanceuse d’avoir des gens qui achètent mes albums et qui viennent me voir en concert. Tout ça est une bénédiction. Le reste, c’est du bonus. »