Alan Stivell Alan Stivell

Dernier album

La contribution d'Alan Stivell à l’image et à l'existence même de la Bretagne actuelle est si importante et complexe à appréhender qu’il est tentant d'imaginer un instant qu'Alan n'ait pas existé ! Afin de mieux en mesurer les conséquences... S’il n’avait pas été là, la langue bretonne aurait-elle connu ce sursaut et ce tournant majeurs au cours des années 1970 ? Par ailleurs, la musique celtique, en Bretagne et au-delà, se serait-elle électrifiée à la même vitesse et avec le même esprit d’ouverture et d’aventure ? La world music aurait-elle connu partout le même développement dès le début des années 1980 ? A toutes ces questions, la réponse est clairement non. Le destin d’Alan semble avoir été guidé par des dieux païens facétieux mais exigeants ! Il fallait préparer le jeune émigré breton à l’universalité ultime, marquer à jamais l’histoire musicale d’une péninsule rebattue par les éléments tout en reliant cette pointe d’Europe à toutes les respirations musicales et sociétales de la planète bleue. Mission accomplie car cette saga moderne dépasse de loin l'impact habituel d’un groupe ou d’un artiste, aussi fameux soit-il. La carrière d’Alan traverse en effet différentes sphères, transgresse modes et habitudes, transcende d'anciens non-dits, interroge et creuse au coeur des mythes. Qui plus est, cette quête a fini par lier profondément le musicien et sa muse, Breizh, dans un processus de fusion identificatrice étonnant. Alan avait ainsi depuis toujours rendez-vous avec l’Histoire. Une histoire oubliée qui ne demande qu’à renaître. Le chemin se dessine lorsque son père recrée la harpe celtique, et ce statut « d’expatriée » à la mère Bretagne donne à la famille Cochevelou le recul nécessaire pour ressentir au plus profond le manque de la terre promise, sans qu’aucun esprit partisan ou « de clocher » ne puisse interférer avec le trait pionnier et conquérant qui marquera pour toujours la carrière du barde providentiel. Alan enregistre ses premières oeuvres très jeune, il est en parallèle penn soner du bagad Bleimor, le bagad des Bretons de Paris justement. Il y fait ses gammes, apprend la langue des ancêtres, se prépare au retour. Dès qu'il remet le pied sur la terre ferme et endurcie d'Armorique, Alan commence à égrener les notes du renouveau, de la "Renaissance de la harpe celtique", premier véritable succès en 1972, jusqu’à la déflagration de ce fameux "Live à l’Olympia", enregistré en février de la même année, à l'aube de la stivellmania. Cet opus aux accents révolutionnaires et mystiques à la fois, ce discobole noir, vendu à plus d'un million et demi d'exemplaires à l’époque, décomplexe soudain le vieux pays. Et il donne envie aux jeunes bretons, d’ici et d’ailleurs, de faire voisiner dans leur discothèque la voix de Stivell et ses envolées de harpe, les guitares électriques de Dan ar Bras, avec Led Zeppelin ou autres Creedence. Alan devient en effet, grâce à ce live hors norme, celui qui donne le goût et l’envie à de nombreux jeunes de s’essayer à l’électricité sans rien oublier de leurs racines enfouies, que ces racines soient bretonnes, corses ou kabyles. Il sera l’éveilleur, ici et ailleurs. Le succès de ce disque, et les nombreuses tournées à travers le monde qui suivront, n'ayant pas altéré son viatique d’aventurier militant, Alan va continuer, depuis Langonnet, sa nouvelle base d’envol, à faire vibrer les cordes de sa harpe à l’unisson des défis contemporains : lutte contre l'énergie nucléaire, sauvegarde des langues minoritaires, combat contre la xénophobie, écologie moderne. Son chemin musical, toujours ouvert en ce vingt et unième siècle incertain, lui aura fait croiser entretemps les pas de John Cale (un cousin gallois), Kate Bush, Youssou N'Dour ou encore Jim Kerr, ente autres. Alan prête également grande attention aux exclamations de la musique techno, continue de créer librement au cours de ces dernières années, dans les albums "Explore" ou "Emerald", remettant à nouveau en question les dogmes ou les trop anciennes certitudes. Et les harpes expérimentales qu’il a mises au point avec différents luthiers sont comme autant de vaisseaux lancés vers de nouveaux continents qui restent à inventer plus qu'à découvrir. Sur ces nouvelles terres on y chantera et dansera, on y boira à l'amitié et à la paix retrouvées. On y fêtera l'autre à la lumière naturelle et dans plus d'une maison, dans plus d'un coeur d'ordinateur, on retrouvera toujours un certain "Live à l'Olympia". C'est pourquoi, quarante après son enregistrement, Universal a décidé de ressortir le fameux disque en version remasterisée. Un bonheur venant rarement seul, ce sera l'occasion d'un nouveau concert d'Alan Stivell à l'Olympia, fin février 2012. Et pour les milliers de fans qui ne pourront y assister, pour que le plijadur puisse être partagé avec un plus grand nombre encore, la compilation "..." sortira au même moment. Alors tous pourront chanter, dire ou crier : Trugarez da vezañ, Alan, ha bevet Breizh !